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Rapport de stage

  • Photo du rédacteur: Anne-Gaël Gauducheau
    Anne-Gaël Gauducheau
  • 17 mai
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 mai



Hier, à l’Atelier de l’Imaginaire, nous avons passé la journée entouré·es de vieilles : celles des contes, et celles de nos vies.


Nous avons rassemblé des motifs, des images, des gestes, des paroles.

Comme si, en mettant bout à bout tous ces fragments venus des contes du monde entier et de nos propres mémoires familiales, apparaissait peu à peu une cartographie oubliée.

Voici quelques éléments épars, notés par l’une des participantes au stage (Merci, Florence !)


Les vieilles habitent rarement au centre.

Elles vivent à la croisée des chemins, au fond des bois, près des puits (ou même dedans), des rivières, derrière une porte entrouverte, dans une cabane, une grange, un donjon, près du foyer…Toujours légèrement à l’écart, aux croisements ou sur un seuil.


Autour d’elles, des objets de transformation: rouets, fuseaux, fils, métiers à tisser, aiguilles, marmites, onguents, pilons, mortiers, fioles, cendres, feu, herbes, sang, eau..


Elles arrêtent les héros/Héroïnes, pour les questionner, elles rusent, filent, tissent, lavent, raccommodent, cuisinent, maudissent, bénissent, elles attendent, piègent la mort, elles trient, elles testent, font passer, gardent, dévorent, transmettent, questionnent, soignent, se marrent, observent.

Elles demandent souvent de l’aide — pour des tâches parfois seulement inconfortables, quelques fois carrément repoussantes.


Les vieilles des contes, souvent, ne veulent pas qu’on bavarde.

Elles posent des questions droites :« Que cherches-tu ? » « Que fais-tu là ? » « Ou vas-tu ? », « La mort tu la cherches ou bien tu la fuis?" « Par quelle porte es-tu passé·e ? »

« Pourquoi crois-tu que je t’aiderais ? »

« Qui t’envoie ? » « Ou as-tu appris ça ? » « De qui tu tiens cette histoire ? »

Et il faut leur répondre juste. Sobrement. Honnêtement. Pas un mot ou une question de trop.


Nous avons aussi traversé tout un bestiaire : corbeaux, chouettes, chats, loups, truies, chèvres, cavales, poules…Des animaux liés aux passages, à la ruse, à la nuit, aux métamorphoses.Le corbeau qui vole le feu, la poule qui crée la terre, le chat maitre des métamorphoses.


Nous avons énuméré les contes, les types de vieilles, les fonctions narratives, interrrogé le prix à payer pour les héros-héroïnes qui veulent passer ou leur échapper,

découvert comment pour « non centrales » qu’elles soient (il existe assez peu de contes dont la vielle est l’héroïne principale) si on les enlève, le conte s’effondre…


Nous avons joué avec « nos vieilles manies-qualités-défauts », interrogé nos souvenirs, repéré les gestes et savoirs minuscules… et peu à peu, nos neurones ont pris l’air et les stéréotypes aussi.


Gardiennes de seuil mal commodes, grands-mères un peu revêches, simples rencontres au bord du chemin, forces cosmiques, déesses, passeuses (entre naissance et mort, entre ignorance et connaissance) les vieilles des contes nous sortent de l’enfance, elles nous introduisent aux mondes non-ordinaires, nous mettent en demeure de dire -ou de faire- ce qui est juste pour le vivant.


Et puis en fin de journée, une idée est née.

En puisant dans les contes, mais aussi dans nos souvenirs personnels de grands et arrières grand-mères, nous avons commencé à fabriquer une collection de « paroles de vieilles ».

Des phrases brèves, rugueuses, drôles, prophétiques ou tout à fait terre à terre.

Des phrases qu’on pourrait peut-être, un matinn trouver affichées sur un mur à Bellevue, qui sait…

À suivre.


PS : si vous aussi avez envie de partager des « paroles de vieilles », envoyez-les-moi !

 

Extrait de récolte de paroles de Vieilles :

-              « Sainte Patience, priez pour moi ! »

-              « Ça fait plaisir mais fait pas l’dire »

-              « Quoi de neuf ? Rien : que du vieux. »

-              « Vous n’allez pas me laisser ça dans le plat ? »

-              « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs soupes et les jeunes carottes n’ont pas forcément meilleur gout »

-              « Dis-moi pas qu’c’est pas vrai ! »

-              « Voilà : c’est reprisé comme du neuf »

-              « Arrête de moudre du vent ! »

-              « j’espionne pas : je me renseigne. »

-               

-              Les vieilles connaissent les lignages

-              Les vielles savent attendre et savent être à l’heure

-              Les vieilles savent garder une poire pour la soif

-              Les veilles savent comment d’un drap en faire deux

-              Les vieilles savent que « ça passera »

-              Les vieilles savent que si t’as pas mal le matin, c’est que t’es mort.

-              Les vieilles savent broder, et raconter les histoires de famille (et vice versa)

-              Les vieilles savent prédire la météo avec leurs os

-              Les vieilles savent te garder pour un petit (café, porto, thé, frichti)

-              Les vielles savent qu’elles peuvent tourner (bourrique, chèvre) et que ce sera de ta faute

-              Les vieilles savent où vont les choses perdues

-               

-              « Tout le monde finit par avoir besoin qu’on lui parle un peu plus fort. »

-              « Tout le monde finit par avoir le bras trop court pour lire »

-              « Le monde tient grâce à des petits gestes répétés »

-              « Quand plus personne ne sait réparer, tout devient jetable »

-              « Le feu demande qu’on en prenne soin »

-              « Il faut toujours garder un peu des graines de l’année »

-              « Ce qui pousse trop vite casse trop vite»

-              « Cours, cours, puisque tu n’as pas de tête ! »

-              « Tête bien faite…

-              « Ce que tu refuses de nourrir finit toujours par te manger. »

-              « Le soir jappe, jappe, le matin grate, gratte »

-              « Beaucoup veulent le remède. Peu acceptent l’amertume.

-              « Va voir ma sœur. Moi, je suis encore trop tendre. »

-               « Les aiguilles savent des choses sur le temps. »

-              « La mort aime les bavards. »

-              « Si tu ne sais pas quoi offrir, apporte du bois sec. »

-               

-              « Les contes sont des vêtements cousus pour survivre au froid. »

-              « Quand une vieille rit seule, écoute le vent avant de rire avec elle. »

-              « Une parole de trop et le sort se retourne. »

-              « L’as-tu vu ? Quoi donc grand-mère ? Mon cul. »

 
 
 

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