Les Vieilles des Contes : Un Voyage au Coeur de Nos Histoires
- Anne-Gaël Gauducheau
- 17 mai
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin
Un Atelier de Récits et de Souvenirs
Hier, à l’Atelier de l’Imaginaire, nous avons passé la journée entouré·es de vieilles histoires : celles des contes, et celles de nos vies. Quel bonheur de plonger dans cet univers riche et vibrant !
Nous avons rassemblé des motifs, des images, des gestes, des paroles. Comme si, en mettant bout à bout tous ces fragments venus des contes du monde entier et de nos propres mémoires familiales, apparaissait peu à peu une cartographie oubliée. Voici quelques éléments épars, notés par l’une des participantes au stage (Merci, Florence !)
Les Vieilles : Gardiennes des Chemins
Les vieilles habitent rarement au centre.
Elles vivent à la croisée des chemins, au fond des bois, près des puits (ou même dedans), des rivières, derrière une porte entrouverte, dans une cabane, une grange, un donjon, près du foyer… Toujours légèrement à l’écart, aux croisements ou sur un seuil. Elles sont là, discrètes mais omniprésentes, comme des ombres bienveillantes.
Autour d’elles, des objets de transformation :
rouets, fuseaux, fils, métiers à tisser, aiguilles, marmites, onguents, pilons, mortiers, fioles, cendres, feu, herbes, sang, eau... Ces objets sont les témoins silencieux de leur sagesse et de leur pouvoir.
Les Héroïnes des Contes
Elles arrêtent les héros/Héroïnes,
pour les questionner. Elles rusent, filent, tissent, lavent, raccommodent, cuisinent, maudissent, bénissent. Elles attendent, piègent la mort, trient, testent, font passer, gardent, dévorent, transmettent, questionnent, soignent, se marrent, observent. Elles demandent souvent de l’aide — pour des tâches parfois seulement inconfortables, quelques fois carrément repoussantes.
Les vieilles des contes, souvent, ne veulent pas qu’on bavarde.
Elles posent des questions droites : « Que cherches-tu ? » « Que fais-tu là ? » « Où vas-tu ? », « La mort tu la cherches ou bien tu la fuis ? » « Par quelle porte es-tu passé·e ? » « Pourquoi crois-tu que je t’aiderais ? » « Qui t’envoie ? » « Où as-tu appris ça ? » « De qui tu tiens cette histoire ? » Et il faut leur répondre juste. Sobrement. Honnêtement. Pas un mot ou une question de trop.
Un Bestiaire Étonnant
Nous avons aussi traversé tout un bestiaire : corbeaux, chouettes, chats, loups, truies, chèvres, cavales, poules… Ces animaux sont liés aux passages, à la ruse, à la nuit, aux métamorphoses. Le corbeau qui vole le feu, la poule qui crée la terre, le chat maître des métamorphoses. Chaque créature a son rôle, son histoire, et nous rappelle la magie qui nous entoure.
Nous avons énuméré les contes, les types de vieilles, les fonctions narratives, interrogé le prix à payer pour les héros-héroïnes qui veulent passer ou leur échapper. Nous avons découvert comment, pour « non centrales » qu’elles soient (il existe assez peu de contes dont la vieille est l’héroïne principale), si on les enlève, le conte s’effondre…
Réflexions et Émotions
Nous avons joué avec « nos vieilles manies-qualités-défauts », interrogé nos souvenirs, repéré les gestes et savoirs minuscules… Peu à peu, nos neurones ont pris l’air et les stéréotypes aussi. Gardiennes de seuil mal commodes, grands-mères un peu revêches, simples rencontres au bord du chemin, forces cosmiques, déesses, passeuses (entre naissance et mort, entre ignorance et connaissance) les vieilles des contes nous sortent de l’enfance. Elles nous introduisent aux mondes non-ordinaires, nous mettent en demeure de dire -ou de faire- ce qui est juste pour le vivant.
Une Idée Émerge
Et puis, en fin de journée, une idée est née. En puisant dans les contes, mais aussi dans nos souvenirs personnels de grands et arrières grands-mères, nous avons commencé à fabriquer une collection de « paroles de vieilles ». Des phrases brèves, rugueuses, drôles, prophétiques ou tout à fait terre à terre. Des phrases qu’on pourrait peut-être, un matin, trouver affichées sur un mur à Bellevue, qui sait… À suivre.
Partagez Vos Paroles
PS : Si vous aussi avez envie de partager des « paroles de vieilles », envoyez-les-moi !
Extrait de récolte de paroles de Vieilles :
« Sainte Patience, priez pour moi ! »
« Ça fait plaisir mais fait pas l’dire »
« Quoi de neuf ? Rien : que du vieux. »
« Vous n’allez pas me laisser ça dans le plat ? »
« C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes et les jeunes carottes n’ont pas forcément meilleur goût. »
« Dis-moi pas qu’c’est pas vrai ! »
« Voilà : c’est reprisé comme du neuf. »
« Arrête de moudre du vent ! »
« J’espionne pas : je me renseigne. »
Les vieilles connaissent les lignages.
Les vieilles savent attendre et savent être à l’heure.
Les vieilles savent garder une poire pour la soif.
Les vieilles savent comment d’un drap en faire deux.
Les vieilles savent que « ça passera ».
Les vieilles savent que si t’as pas mal le matin, c’est que t’es mort.
Les vieilles savent broder, et raconter les histoires de famille (et vice versa).
Les vieilles savent prédire la météo avec leurs os.
Les vieilles savent te garder pour un petit (café, porto, thé, frichti).
Les vieilles savent qu’elles peuvent tourner (bourrique, chèvre) et que ce sera de ta faute.
Les vieilles savent où vont les choses perdues.
« Tout le monde finit par avoir besoin qu’on lui parle un peu plus fort. »
« Tout le monde finit par avoir le bras trop court pour lire. »
« Le monde tient grâce à des petits gestes répétés. »
« Quand plus personne ne sait réparer, tout devient jetable. »
« Le feu demande qu’on en prenne soin. »
« Il faut toujours garder un peu des graines de l’année. »
« Ce qui pousse trop vite casse trop vite. »
« Cours, cours, puisque tu n’as pas de tête ! »
« Tête bien faite… »
« Ce que tu refuses de nourrir finit toujours par te manger. »
« Le soir jappe, jappe, le matin grate, gratte. »
« Beaucoup veulent le remède. Peu acceptent l’amertume. »
« Va voir ma sœur. Moi, je suis encore trop tendre. »
« Les aiguilles savent des choses sur le temps. »
« La mort aime les bavards. »
« Si tu ne sais pas quoi offrir, apporte du bois sec. »
« Les contes sont des vêtements cousus pour survivre au froid. »
« Quand une vieille rit seule, écoute le vent avant de rire avec elle. »
« Une parole de trop et le sort se retourne. »
« L’as-tu vu ? Quoi donc grand-mère ? Mon cul. »
"Quand tu aimes quelqu'un, il ne fait pas lui aire que du bien: il faut aussi lui faire un peu de mal"



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