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Caniculaire

  • Photo du rédacteur: Anne-Gaël Gauducheau
    Anne-Gaël Gauducheau
  • 13 juil.
  • 2 min de lecture

Depuis quelques jours, au téléphone, les nouvelles se ressemblent: des collègues conteuses et conteurs, musiciens, des compagnies, des festivals racontent les mêmes choses : des spectacles annulés, reportés ou joués dans des conditions de plus en plus compliquées. Parce qu'on ne peut pas raisonnablement faire jouer un artiste, accueillir un public par 40 ou 45 °C.

Cela nous rappelle de mauvais souvenirs.


Pendant le Covid, les spectacles disparaissaient des agendas. Aujourd'hui, c'est la canicule qui vide les plannings. Les causes ne sont évidemment pas les mêmes, mais, une fois encore, le spectacle vivant se retrouve en première ligne d'une crise qu'il n'a pas provoquée.

Et ce qui est sans doute le plus difficile, c'est que cette crise-là n'a rien d'une surprise.



Depuis des décennies, les scientifiques alertent.

Depuis des décennies, on sait qu'il faut transformer nos villes, nos façons de produire, de nous déplacer, de consommer l'énergie. Pourtant, les décisions sont repoussées, pendant qu'un modèle économique fondé sur l'exploitation sans limite du vivant continue de prospérer et que les industries fossiles poursuivent leur influence.


À Bellevue, les ateliers et les stages s'adaptent. Les spectacles au pied des immeubles se déplacent en matiée. Nous rencontrons des habitants qui vivent dans des appartements devenus des bouilloires, qui dorment mal, qui sont épuisés, parfois à fleur de peau.

Alors nous faisons ce que nous savons faire: nous racontons des histoires.


Pas pour faire oublier le réel, mais pour offrir un pas de côté, un peu de fraîcheur intérieure quand la chaleur devient écrasante. Des occasions de rire, de penser, de discuter avec ses voisins. Bref : continuer à faire société.


Mais attention: nous ne sommes pas des pompiers.

Pas des "climatiseurs sociaux": nous sommes des artistes et avec les travailleurs sociaux, les animateurs, les bibliothécaires, les enseignants, les soignants, les bénévoles et tant d'autres, nous daisons partie de celles et ceux qui tiennent le fil du lien social quand tout devient plus difficile.

Mais cette solidarité ne doit pas devenir un prétexte à l'inaction.


À force de compter sur celles et ceux qui réparent, on oublie d'empêcher ce qui casse.

Le festival continue parce que nous croyons que la culture est essentielle. Pas comme un divertissement qui ferait oublier le monde, mais comme une manière d'habiter le monde autrement. De retrouver un peu de recul. De respirer ensemble. D'imaginer d'autres futurs.

Mais plus que jamais, nous avons besoin que la poésie soit accompagnée de courage politique.



 
 
 

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